
Intention de l'artiste
Dans la conception artistique de Paula Kiami, elle-même issue de plusieurs cultures, il y a avant tout la diversité. Cette diversité est paradoxalement une forme de singularité, où chaque être trouve sa place. Mais elle aime également jouer avec une dialectique de l’unicité, car trop nombreux sont les liens invisibles qui nous relient pour ne pas être soulignés, dans une vision humaniste à la Yves Klein (ou à la Sophie Calle, dans un tout autre registre).
Paula Kiami c’est donc avant tout une aventure de la complexité et de la simplicité holistique. Proposer, à l’aide de différents mediums – peinture, installations, sculptures, céramiques, certificats, performances – des systèmes de pensée qui échappent à nos perceptions pré établies dans un système de classification et de hiérarchisation. Une artiste qui n’hésite jamais à faire des parallèles avec les sciences, les influences artistiques, et les aspects plus éthiques, spirituels, ou même simplement matériels et techniques. Sans cesse, elle est à la recherche de la libération des catégories et de la fluidification de la pensée.
Qu’elle traite de biologie, de morale, de psychologie, d’espace-temps, de sociétés, de la condition humaine, ce qui la passionne et la fait explorer toujours plus loin, c’est la mise en matière des multiples idées qui peuplent son monde imaginaire et poétique. Paula Kiami est profondément bouleversée et animée d’un désir de conscience tout autant de soi-même que du monde environnant et des règles invisibles de l’universel. C’est pourquoi sa pensée est une fécondité qui ensemence la matière mais fonctionne à la manière d’une genèse de fleurs rhizomiques, reliées par des racines filaments, de manière horizontale, sous la terre.
C’est pourquoi également elle se permet, à la manière d’un Beuys, ou d’un Richter, de passer d’un sujet à un autre, tout en étant capable d’y déceler de curieuses convergences, des liens que nous n’oserions pas faire et qui, même entre ses différentes séries, tissent des ponts conceptuels et matériels.
Une vision des quatre éléments peut chez elle se transformer en « solides » de Platon, en pensées temporelles ou tout simplement en matériaux de base pour ses réalisations : la terre céramique, la peinture eau, le cuivre à la fois sculpture feu et filaments du cerveau, et puis l’utilisation des tissus qui flottent pour évoquer l’air. Lorsque vous pensez avoir saisi son système, la voici qui trouve de nouvelles connexions et de nouveaux glissements, associations d’idées qui témoignent de sa perpétuelle créativité, son incessante activité interrogative. Et c’est ainsi que l’art permet à Paula Kiami de s’extirper du chaos de ses fulgurances, mais aussi d’une pensée analytique rigoriste : elle nous propose une vision plus globale, plus conforme au miracle du vivant, touchant même souvent à la matière sensuelle, voire à la présence du corps, comme dans ses performances. Et, puisqu’elle refuse d’être étiquetée, car elle est la première à se revendiquer de sa dialectique unicité / diversité, elle ne s’interdit pas, au contraire, d’explorer avec ses « certificats » hérités de l’art conceptuel, les notions d’immatériel et de métaphysique. Artiste inclassable, volontiers rebelle mais toute en subtilités, Paula Kiami est donc avant tout une accoucheuse des formes invisibles qui nous unissent, du lien dans toutes les catégories du vivant, et jusqu’à l’inerte auquel elle insuffle sa vitalité, au travers de son voyage artistique, de sa perpétuelle invention de nouvelles formes.
Ecrit par Frédéric Elkaïm